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QUELLES CONSÉQUENCES D’UNE SORTIE DE L’EURO POUR LES FRANÇAIS

Plusieurs partis politiques français proposent que la France sorte de la zone euro et retourne au franc, avec une dévaluation de 20%.

Cette voie n’est pas réaliste et aurait des conséquences catastrophiques pour notre pays : le  gain  en  compétitivité   espéré  sera  vite   effacé, les  pertes  de  pouvoir  d’achat  importantes,  la  fuite des  capitaux  augmentera  les  difficultés  d’accès au crédit, le financement de la dette publique sera difficile, risquant de mettre l’État en faillite

Un gain de compétitivité vite effacé

L’objectif  premier  de  la  sortie  de  l’euro assortie d’une dévaluation du franc de 20% est de restaurer la compétitivité des produits français à l’exportation. Mais  une  telle  politique  ne  marche  qu’une  fois  et donne un avantage temporaire qui sera vite anéanti par  les  réactions  des  voisins.  En  effet,  d’autres pays  pourraient  sortir  de  l’euro  en  même  temps et  pratiquer  eux-aussi  des  dévaluations  de  leur monnaie (Italie, Espagne, par exemple), conduisant à l’éclatement de la zone euro.

Dans une deuxième hypothèse, l’euro pourrait rester la monnaie de l’Allemagne et de sa zone d’influence (Bénélux compris). L’euro lui-même pourrait perdre de  la  valeur  donnant  un  avantage  supplémentaire aux  produits  des  pays  déjà  exportateurs  comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou les pays nordiques. Les marchés financiers pourraient perdre confiance dans l’euro. Du coup, le franc comme l’euro pourraient se dévaluer  en  même  temps  par  rapport  aux  autres monnaies  (le  dollar  et  le  yen).  Cela  renforcerait le  risque  d’une  guerre  mondiale  des  monnaies, les  États-Unis  n’hésitant  pas  à  faire  baisser  leur monnaie pour à leur tour gagner en compétitivité.

Au  bout  de  quelques  mois,  les  effets  positifs sur  les  prix  à  l’exportation  des  entreprises françaises  auraient  vite  disparu.  Il  ne  resterait alors  plus  qu’à  réduire  les  salaires  pour  gagner encore en compétitivité à l’international : le second coup après la dévaluation de la monnaie serait la baisse des salaires ! Alors que la France a déjà un  problème  majeur  de  compétitivité  (mauvaise orientation stratégique sur les produits et mauvaise organisation    des    entreprises    notamment),    le changement  de  monnaie  accentuerait  encore  les problèmes de notre industrie au lieu de les résoudre.

Une baisse su pouvoir d’achat des français

La  sortie  de  l’euro  est  souvent  présentée  comme un  moyen  de  restaurer  le  pouvoir  d’achat.  C’est pourtant l’inverse qui se passerait.

Le  taux  de  conversion  de  l’euro  vers  le  franc  ne serait pas celui que nous avons connu en 2001 du franc  vers  l’euro,  mais  du  fait  de  la  dévaluation,  il serait de 20% inférieur. Ainsi, les produits importés coûteraient tous 20% de plus. Les produits pétroliers (dont  l’essence,  le  gaz  et  le  fioul  domestique) augmenteraient d’au moins 20 %. Un plein d’essence sans plomb de 40 litres à 1,5 euro le litre, passerait de l’équivalent de 60 à 72 euros. D’autres produits importés  comme  les  téléviseurs  à  écran  plat,  les vêtements  ou  les  aliments  non  produits  en  France (café, thé, chocolat, riz, bananes) verraient leur prix augmenter jusqu’à 20 %.

De  plus,  l’effet  « valse  des  étiquettes »  connu au  moment  du  passage  du  franc  vers  l’euro  se reproduirait  sur  certains  produits…  et  toujours dans le sens de l’augmentation des prix !

Enfin,  il  est  peu  probable  que  la  dévaluation  se limite à 20% comme le souhaitent les tenants de la sortie de l’euro. Les marchés pourraient tester une dévaluation  plus  forte  de  l’ordre  de  30  à  50 %  en vendant  du  franc  pour  spéculer  contre  la  nouvelle monnaie. Cela augmenterait encore plus les pertes de  pouvoir  d’achat.  Les  plus  modestes  mais  aussi les  classes  moyennes  seraient  touchés…  avant d’autres effets sur le coût des emprunts.

La fausse bonne recette : Les Mesures protectionnistes Franco-Française.

Les risques de perte de compétitivité des entreprises françaises sont bien connus des tenants du retour au  franc.  Aussi  proposent-ils  tout  simplement  des mesures  protectionnistes  pour  y  remédier :  taxer l’entrée  de  produits  étrangers  et  relocaliser  des productions  depuis  des  années  réalisées  hors  de nos frontières.

À supposer que ce soit techniquement possible (on voit  bien  comment  la  crise  japonaise  a  provoqué une rupture de fournitures de certains produits que nous  ne  sommes  pas  en  mesure  de  fabriquer),  la relocalisation de la production de certains produits entraînerait une nouvelle augmentation très sensible des prix. Il suffit de regarder les étiquettes de nos vêtements, l’essentiel de ce qui est porté en France est désormais fabriqué dans les pays émergents. Il audrait accepter de payer ses t-shirts pas loin de  100  euros  pièce !  A  moins  que  l’on  réduise  les salaires  français  au  niveau  de  ceux  des  pays émergents…

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